| I.
Présentation du RNIS |
 |
I.1
Qu'est-ce que le RNIS ?
Le RNIS (Réseau Numérique à Intégration
de Services), connu en France sous le nom commercial donné
par France Télécom Numéris, est défini
comme suit par le Livre Rouge de lUIT-T : " Un
réseau Numérique à Intégration de
Services est un réseau développé en général
à partir d'un réseau téléphonique
numérisé, qui autorise une connectivité numérique
de bout en bout assurant une large palette de services, vocaux
ou non, auxquels les usagers ont accès par un ensemble
limité d'interfaces polyvalentes ".
Le RNIS propose l'intégration des supports et des services.
Pour cela, il s'appuie sur la numérisation et se développe
au sein d'une structure puissante de normes internationales.
Le RNIS, évolution du réseau téléphonique
actuel, propose la continuité numérique de bout
en bout. Il ne s'agit pas d'un réseau supplémentaire
entrant en concurrence avec les réseaux existants comme
le téléphone traditionnel, les réseaux X.25
ou les liaisons spécialisées. Le RNIS est plutôt
un accès universel à ces réseaux, ou plus
exactement à ces services supports. Cela implique donc
une signalisation "intelligente" : la signalisation
par canal sémaphore.
I.2
La numérisation du signal de la parole
I.2.1
La recommandation G711
La recommandation G711 de lUIT-T définit les spécifications
du traitement du signal de la parole applicables au réseau
téléphonique numérique. Ainsi, d'après
le théorème de Shannon, la fréquence d'échantillonnage
pour acheminer les 4 kHz du spectre en fréquences de la
parole (bande passante de 300 à 3400 Hz) doit être
de 8 kHz minimum. Cela correspond donc à un échantillonnage
toutes les 125 microsecondes. Chaque échantillon étant
codé sur 8 bits, le débit numérique équivalent
à une conversation téléphonique est de 64
kbit/s.
I.2.2
Les avantages de la numérisation
Alors qu'avec la transmission analogique les altérations
de transmission s'additionnent progressivement jusqu'à
rendre inexploitable le signal reçu, la régénération
du signal transmis en numérique est parfaite.
De plus, la numérisation de la parole permet de faire appel
aux techniques des circuits intégrés numériques
dont la supériorité sur les circuits analogiques
est connue depuis longtemps. La possibilité de multiplexer
des communications en émettant sur un même câble
les codes relatifs à plusieurs conversations évite
le recours au multiplexage en fréquence, reposant sur les
techniques analogiques coûteuses et difficiles à
mettre en uvre.
Enfin, l'usage des circuits intégrés est particulièrement
spectaculaire dans les techniques de commutation. La commutation
de signaux numériques est infiniment plus simple que la
commutation de signaux analogiques. Il existe aujourd'hui des
matrices en VLSI (Very Large Scale Integrated circuit) de quelques
cm2 capables de commuter 240 canaux entrant vers 240 canaux sortants.
Plusieurs baies d'équipements étaient autrefois
nécessaires.
I.3
La signalisation hors bande et l'intégration des services
Une des fonctions majeures de la téléphonie consiste
à acheminer, entre les dispositifs de commutation publics
ou privés, des indications concernant la destination, le
succès ou non d'un appel, la facturation, le routage...
Différents modes d'acheminements ont ainsi vu le jour :
circulation de tonalité dans la bande, usage d'un canal
spécialisé pour ces messages, usage d'un code multifréquence...
Dans le cadre du RNIS, deux types de signalisation ont été
normalisés. Ils sont tous les deux basés sur les
concepts de transmission de données informatiques et emploient
des mécanismes de type HDLC.
* La signalisation interne au réseau relève d'une
norme CCITT dite "numéro 7", que nous ne détaillerons
pas.
* La signalisation externe au réseau, c'est-à-dire
la signalisation à laquelle l'usager a accès, est
dite "protocole D" ou encore RNIS, et sera détaillée
plus loin.Ainsi, la signalisation est véhiculée
par un réseau de transmission de données (réseau
sémaphore) qui s'apparente à un réseau de
datagrammes et qui est distinct du réseau de circuits téléphoniques,
comme le montre le schéma ci-dessous.

Ainsi
pour l'usager, il est possible de dialoguer hors bande avec le
réseau ou le correspondant sans interrompre ou sans établir
de canal téléphonique. Pour l'exploitant, la signalisation
hors bande signifie qu'un circuit téléphonique n'est
ouvert que si par échanges de messages on sait que le correspondant
distant ou le chemin vers le correspondant est accessible.
Pour permettre l'intégration des services, les autocommutateurs
en place doivent assurer des fonctions qui leur sont inconnues.
Les PCS (Point de Contrôle des Services) exercent à
distance un contrôle sur la commutation dans les CAA (Centres
à Autonomie d'Acheminement), comme cela est représenté
dans le schéma précédent. On peut alors parler
de "réseau intelligent" offrant à l'usager
une simplification des procédures diverses de mise en relation,
et à l'opérateur du réseau une meilleure
gestion de son réseau.
I.4
Le modèle OSI et le RNIS
Le RNIS se caractérise par une séparation des canaux
de signalisation (canaux D) et des canaux de transfert (canaux
B). Appliquons le modèle OSI aux deux types de canaux.
I.4.1
Le canal de transfert
Le service rendu par le réseau pour le canal B (Bearer
Channel) est un service de
niveau 1. Comme l'indique le schéma ci-dessous, c'est un
service de bout en bout. Il s'agit de fournir un circuit commuté
de qualité numérique.

I.4.2 Le canal de signalisation
Le service fourni par le canal D (Data Channel) est l'acheminement
dun flot de bits synchrone. Pour échanger des messages
avec le commutateur, un protocole de niveau de liaison est mis
en uvre. Le rôle de ce protocole, appelé LAP
D, est d'assurer la transmission de messages sans erreur entre
le réseau et l'usager.
Le contenu des messages portés par la couche liaison concerne
la signalisation. Cette dernière est destinée à
indiquer au réseau le numéro du correspondant ainsi
que d'autres paramètres de la communication.

Une
partie de la signalisation concerne la communication d'usager
à usager et n'est pas traitée par le réseau.
Elle est représentée dans le schéma ci-dessous
par un quatrième niveau dit "de bout en bout".
I.5
Les grandes étapes du RNIS
Comme cela est représenté sur le schéma ci-dessous,
la première étape importante a été
l'ouverture en 1986 de Transcom, un service pré-Numéris
de transmission de données à 64 kbit/s accessible
par une interface X21.
L'implantation dans le réseau de la signalisation sémaphore
débuta en 1987 pour se finir fin 1990. La France étant
dotée du réseau de télécommunication
le plus numérisé au monde, et le réseau Transpac
étant le réseau de commutations par paquets le plus
important au monde, la première ouverture commerciale au
monde du RNIS a lieu eu dans les Côtes du Nord , le 21 décembre
1987, avec l'offre des accès Numéris. La couverture
nationale fut atteinte en 1990, avec des délais inférieurs
à deux mois en zone urbaine.
En 1989, France Télécom a ajouté à
son offre daccès de base loffre de raccordements
en accès primaire (30 canaux B et un canal D à 64
kbit/s).
Le 1er décembre 1992, on assiste à louverture
commerciale de laccès direct à Transpac par
le canal D de Numéris.
La figure ci-dessous résume les grandes étapes du
RNIS en France.

I.6 Deux types d'accès normalisés
Deux accès ont été normalisés par
l'UIT-T (ex CCITT), et sont implémentés par les
opérateurs de réseau :
* l'accès de base dit S0/T0 (BRI : Basic Rate Input) offre
2 canaux B à 64 kbit/s permettant par exemple deux conversations
téléphoniques simultanées, et un canal D
à 16 kbit/s destiné à la signalisation et
aux transports de messages informatiques divers.
* l'accès primaire dit S2/T2 (PRI : Primary Rate Input)
offre 30 canaux B à 64 kbit/s et un canal D à 64
kbit/s. Cette interface est utilisée en priorité
pour les PABX comme l'indique le schéma ci-dessous.

Les deux prochains chapitres détaillent ces deux types
d'accès.

|