| II.
L'accès de base S0/T0 |
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II.1
Description de l'accès de base
L'interface S0/T0 est l'interface de base commune à tous
les réseaux RNIS du monde. Elle permet soit l'accès
au réseau public Numéris, soit l'accès aux
réseaux privés PABX. Néanmoins, les fabricants
de PABX ont offert des interfaces numériques bien avant
le RNIS, et ces interfaces sont bien différentes d'un constructeur
à l'autre. Les interfaces de type S0 ne sont donc pas fréquemment
utilisées derrière un PABX, pour des raisons de
coût.
L'accès de base est censé être proposé
un jour en remplacement de tout accès téléphonique
analogique. Il s'adresse donc aussi bien à des usagers
professionnels qu'à des usagers résidentiels. L'objectif
était d'amener chez l'usager deux voies téléphoniques
et une voie de téléaction (usager résidentiel)
ou une voie de transmission de données (usager professionnel).
Après bien des hésitations, l'accord a été
obtenu sur l'objectif d'offrir deux voies téléphoniques
numériques à 64 kbit/s (1 octet toutes les 125 µs)
et un canal à 16 kbits (2 bits toutes les 125 µs).

Ce
choix est compatible en Europe avec 90% du parc de lignes de distribution
téléphonique. Ce parc est en effet l'investissement
majeur à préserver puisqu'il constitue plus de 90%
des investissements totaux des téléphonistes.
Cette transmission synchrone à 144 kbit/s (en réalité
192 kbit/s comme on le verra plus loin) en full duplex s'effectue
sur deux fils sur une distance minimum de 4 km.
II.2
La transmission chez l'abonné
Le raccordement du poste téléphonique de l'abonné
RNIS ne se fait pas directement sur la ligne de distribution du
central public. L'administration met en place chez l'abonné
un coffret TNR (Terminaison Numérique du Réseau)
ou NT1. L'interface que connaît l'usager est l'interface
entre le poste téléphonique et la TNR, ou entre
le poste téléphonique et la TNA (Terminaison Numérique
d'Abonné) ou NT2. Elle est désignée par l'appellation
S0/T0, mais correspond dans la littérature officielle à
une interface de référence S ou T en mode accès
de base. Ces deux points de référence occupent une
place particulièrement importante dans les recommandations
de l'UIT-T. C'est en effet en ces points que sont définis
les débits, les types de canaux de transmission et les
protocoles d'accès d'usagers. C'est donc à ce niveau
que sont définies toutes les caractéristiques du
RNIS.

Voici
le détail des points de référence :
* Interface R (Rated) : fournit une interface non-RNIS entre
les équipements utilisateurs non compatibles RNIS et un
adaptateur (AT : Adaptateur de Terminal)
*
Interface S (Subscriber) : sépare la partie utilisateur
des fonctions réseaux du terminal
* Interface T (Terminal) : sépare l'équipement
du fournisseur de réseau de l'équipement de l'utilisateur.
Fournit une interface normalisée entre les matériels,
l'émission et la réception, la validation et les
informations de synchronisation au réseau et à la
partie du terminal concernée.
* Interface U (User)
II.3 La Terminaison Numérique de Réseau
ou TNR
La TNR est un groupe de fonctions qui raccorde la ligne de transmission.
C'est pour cela qu'elle apparaît dans les avis de l'UIT-T
comme appartenant au fournisseur du réseau, le propriétaire
de la ligne de transmission. C'est d'ailleurs lui qui l'installe.
Le rôle de la TNR ne concerne que le niveau 1 du modèle
OSI. Elle assure :
* les fonctions de conversion de deux fils en quatre fils,
* la gestion des accès des terminaux sur la "ligne"
S0 (ou "bus" S0),
* la téléalimentation des terminaux et en particulier
des postes téléphoniques,
* la protection du site de l'abonné contre les surcharges
(foudre en particulier),
* l'isolation galvanique qui permet d'attacher l'électronique
des terminaux à la terre locale (contrairement aux postes
analogiques qui sont rattachés à la terre du central
téléphonique).La TNR peut elle-même être
téléalimentée par le central téléphonique
de rattachement. Elle peut aussi être alimentée localement.
Dans ce cas, une batterie de secours permet d'assurer un service
minimal afin de garantir un service téléphonique
minimal.

Notons
que l'on ne peut pas raccorder plus de huit appareils sur la ligne
quatre fils issus de la TNR. Bien entendu, comme on ne dispose
que de deux canaux, seules deux conversations simultanées
sont possibles. L'intérêt réside donc dans
le fait de pouvoir prendre un appel où on le désire.
Par contre, les postes téléphoniques ne peuvent
dialoguer entre eux. Pour y remédier, il faut disposer
d'un commutateur (TNA).
II.4
La Terminaison Numérique d'abonné ou TNA
La TNA est ce groupe de fonctions qui confère à
un terminal son "caractère" particulier. Il s'agit
d'un PABX dont la taille peut varier de 10 à 10 000 postes.
L'interface entre la TNA et la TNR est désignée
sous le nom de T0. En pratique, cette interface se confond avec
l'interface S0. Cependant, on a gardé ces deux appellations
car elles permettent de distinguer le côté par lequel
on accède à la TNA.
La TNA assure la fonction de traitement de protocole ou plus précisément
de la partie du protocole associée au transfert de l'information
dans le réseau, les parties de haut-niveau de la fonction
de multiplexage, les fonctions de commutation et de concentration,
de maintenance, et d'interface avec les interfaces S et T.

La
TNA est placée sous le contrôle de l'abonné,
mais l'administration exerce un droit de regard sur le produit
et son exploitation par le biais de "l'agrément"
du matériel et des règles d'exploitation téléphoniques.
II.5
Le câblage et la transmission S0
Le câblage comprend en général huit fils.
Les différents systèmes de câblage proposés
permettent d'équiper les immeubles en respectant cette
caractéristique, bien que pour le moment quatre ou six
fils seulement soient nécessaires.
L'affection des fils est la suivante :
* 2 fils : transmission vers le terminal
* 2 fils : transmission à partir du terminal
* 2 fils : téléalimentation du terminal
* 2 fils : téléalimentation du réseau
par le terminalCe câblage correspond à un connecteur
miniature d'un modèle voisin du connecteur téléphonique
standard aux USA.
Sur chaque paire dédiée à la transmission
des bits, la transmission s'effectue en mode différentiel.
Au lieu de pratiquer la transmission en considérant un
fil comme la référence 0 et l'autre comme la référence
du signal ainsi qu'on le fait habituellement, ici les signaux
sont transmis avec des polarités inverses sur chaque fil.
Le récepteur, grâce à un transformateur comprenant
des enroulements en opposition, peut régénérer
le signal classique.
L'avantage de la transmission en mode différentiel réside
dans l'excellente immunité aux bruits parasites. De plus,
cela permet une méthode de téléalimentation
dite "fantôme" que nous ne détaillerons
pas.
II.6
Le codage en ligne
Le codage en ligne obéit à trois objectifs :
1. obtenir un signal en ligne dont le spectre de fréquences
ne comporte pas de composante continue, afin de permettre aux
signaux de franchir sans altération les transformateurs
d'isolement.
2. obtenir un signal dont le spectre en fréquences soit
le plus réduit possible pour permettre une portée
maximale (l'affaiblissement croissant avec la fréquence
selon une loi en racine carrée)
3. fournir des transitions suffisamment fréquentes au récepteur
pour le maintenir synchronisé.Le code retenu est le code
pseudo-ternaire dans lequel les "1" logiques sont représentés
par l'absence de courant en ligne. Les "0" logiques
sont acheminés alternativement avec une polarité
positive ou négative. Pour respecter les objectifs cités
plus haut, il ne faut pas qu'on se trouve dans la situation d'émettre
un "1" logique permanent (cas impossible en imposant
HDLC sur le canal D). Enfin, il faut que les polarités
positives et négatives soient en nombre strictement égal.
On introduit pour cela des bits d'équilibrage qui n'ont
d'autre signification que de permettre un équilibrage électrique
parfait.
II.7
La méthode CSMA-CR
Le mécanisme CSMA (Carrier Sense Multiple Access) a été
popularisé par la diffusion des techniques Ethernet. Le
principe est simple : une station n'émet sur le canal
D que si celui-ci est libre. C'est en écoutant le canal
d'écho qu'une station peut savoir que le canal D en direction
de la TNR est libre, comme schématisé ci-dessous.

Lorsqu'il
y a collision, on peut se trouver dans trois cas de figure :
1. Chaque station émet un "1" logique. Cela se
traduit en ligne par une absence de signal interprétée
par la TNR comme un "1" logique. Aucune collision n'est
détectable.
2. Les stations émettent des valeurs logiques opposées,
ce qui se traduit donc en ligne par une polarité indiquant
à la TNR l'émission d'un "0" logique.
La valeur 0 a donc masqué la valeur 1.
3. Les deux stations émettent un "0" logique.
Un zéro logique se traduit en ligne par une polarité
positive ou négative. L'addition des deux signaux peut
conduire à des valeurs positives, négatives ou nulles
interprétables comme un "1" ou un "0".
Pour se protéger contre ce dernier cas, il a été
décidé d'empêcher cette situation en forçant
toutes les stations qui commencent à émettre un
message à démarrer avec la même polarité.La
ligne se comporte donc comme un additionneur logique où
tout code nul masque tout code à un.
Il n'y a de risques de collision sur le canal D que pendant le
début d'un message. Une collision ne peut se produire que
lorsque plusieurs stations "guettent" un silence sur
le canal D. Ce silence se matérialise en ligne par une
absence de polarité de durée suffisante. Si plusieurs
stations se mettent à émettre, du fait qu'elles
commencent toutes par le même code de début (Fanion
HDLC : 01111110), aucune collision n'est détectable
avant le premier bit différent émis par les stations.
En HDLC, le premier octet qui suit le fanion est celui de l'adresse.
La station ayant le plus grand nombre de bits de poids fort égal
à zéro masquera les autres, ne constatera pas de
collision, et continuera à émettre. La contention
est donc "résolue" au profit d'une des stations.
Le schéma ci-dessous illustre par un exemple démission
de trois stations sur le même bus le mécanisme de
résolution de contention CR (Contention Résolution).

Ici,
la station B cesse d'émettre, puis la station A. Seul la
station C continue d'émettre.
Ce mécanisme a cependant le défaut d'introduire
une sorte de priorité pour la station ayant le plus de
bits de poids forts nuls. Pour compenser ce déséquilibre,
une parade a été introduite. Une station qui a réussi
à transmettre va devoir s'assurer d'un silence en ligne
pendant plus longtemps qu'une autre station. Les autres stations
ont alors l'opportunité de s'approprier le canal D.
En jouant sur le temps de silence à partir duquel on peut
émettre, on peut construire un mécanisme à
plusieurs niveaux :
* attente sur huit bits réservée à la signalisation
* attente sur neuf bits réservée à la signalisation
pour une station ayant déjà transmis un message
* attente sur dix bits réservée pour le trafic de
données
* attente sur onze bits réservée pour le trafic
de données pour une station ayant réussi à
émettre la trame précédente.
II.8 La structure de la trame
Sur le câble transite toutes les 125 microsecondes une trame
qui contient les données émises par l'utilisateur.
Dans cette trame, un canal B à 64 kbit/s est représenté
par un octet, et le canal D à 16 kbit/s par 2 bits. Les
éléments de synchronisation représentent
un débit de 48 kbit/s. Ils donnent naissance à 6
bits toutes les 125 microsecondes. Le débit réel
n'est donc pas de 144 kbit/s (2 x 64 kbit/s + 16 kbit/s = 144
kbit/s) qui est le débit utile, mais de 192 kbit/s (144
kbit/s + 48 kbit/s = 192 kbit/s).
En réalité, il y a deux trames circulant en sens
contraire : elles sont multiplexées sur les deux paires
de fils, une par sens de transmission. Comme le canal D est partagé
par l'ensemble des équipements terminaux, ceux-ci doivent
tous pouvoir écouter si le canal est libre ou non. Il faut
que, quelle que soit la place du coupleur, il y ait diffusion
de l'information. Toutes les informations émises sur le
canal D en direction de la régie doivent être recopiées
dans l'autre direction, dans un canal spécifique :
le canal D écho comme vu précédemment.
En tenant compte des contraintes de propagation de cette trame,
on s'aperçoit qu'un utilisateur situé loin de la
régie va avoir le temps d'émettre plus d'une trame
avant de pouvoir écouter le canal D écho. C'est
pour cette raison que la trame de base qui est émise sur
le câble n'est pas de 24 bits toutes les 125 microsecondes,
mais 48 bits toutes les 250 microsecondes. La structure de la
trame diffère légèrement suivant que la transmission
se fasse des terminaux vers la TNR ou de la TNR vers les terminaux.

Dans
le sens terminal vers TNR, plusieurs stations peuvent émettre.
Elles s'ignorent et par conséquent chacune doit équilibrer
électriquement son propre trafic en introduisant des bits
de polarité tels que la composante continue soit maintenue
égale à zéro. Il en résulte que pour
chaque champ qu'une station peut envoyer, il est prévu
un bit d'équilibrage électrique. Ils sont désignés
sur la figure ci-dessus par la lettre E.

Dans
le sens TNR vers terminal, il n'y a que la TNR qui émet
et, par conséquent, un bit d'équilibrage par trame
est suffisant. De ce fait, les emplacements des bits d'équilibrage
prévus pour chaque canal sont disponibles. Ces bits sont
utilisés pour véhiculer des canaux complémentaires
(simplex) dont un est le canal d'écho du canal D montant.
D'autres bits peuvent être utilisés pour véhiculer
des informations de multitrames. Par exemple, une fois sur huit
un bit peut être présent pour indiquer des blocs
de huit trames et donc définir des horloges plus lentes
pour de futurs services de donnés par exemple.
Par ailleurs, des éléments binaires sont nécessaires
pour la gestion de l'interface. Ainsi, les doublets (F,L) et (Fa,N)
transportent l'horloge trame de 4 kHz, le bit M l'horloge multitrame
à 200 Hz. Enfin, les bits A et S supervisent les problèmes
de transfert de l'énergie de téléalimentation.
II.9
La topologie
Les différentes contraintes que nous avons vues précédemment
conduisent à définir des topologies assez complexes.
On a pu voir que la majeure partie des contraintes vient de la
configuration multipoint. Si l'on s'impose de ne construire que
des liaisons point à point, les seules contraintes à
prendre en compte sont l'affaiblissement du signal en ligne et
la limitation possible de la portée de la téléalimentation.
La norme a fixé pour ce cas de figure une portée
de 1000 mètres. Si l'on considère l'usage de cette
norme derrière un PABX, on peut estimer que la portée
de 1000 mètres conviendra dans une très forte proportion
de cas.
Dans les configurations en bus local ou déporté,
les facteurs qui interviennent sont multiples et difficiles à
intégrer dans un calcul. Interviennent, en effet, non seulement
l'influence du temps de propagation en ligne, mais aussi les temps
de réaction des composants, les techniques de synchronisation
et les marges d'erreur sur les différents facteurs.

On
voit que l'emploi de l'interface S0 dans l'entreprise derrière
un PABX est loin d'être la solution parfaite. Il faut cependant
noter que les solutions de fabricants se heurtent aussi à
des problèmes comparables.
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